MAGAZINE D'INFORMATION

Cultuur-Natuur (1989). Noorderleech, Ferwerderadeel
The Netherlands (Noordeleech)

Photo
© krijn giezen

Le projet de Krijn Giezen intitulé "Culture/Nature" a été conçu dans le cadre d’un concours sur invitation (1) pour la réalisation d’une œuvre destinée à célébrer l’achèvement des travaux de rehaussement et de renforcement de la digue le long de la mer du nord dans la province de Friesland. Ces travaux avaient été décidés à la suite des inondations dramatiques causées par une brusque montée des eaux en 1953 qui avait fait de très nombreuses victimes (plus de 1800 morts) et des dégâts matériels considérables.
Pour les commanditaires l’idée était de faire concevoir par un artiste un monument et, vraisemblablement, leur attente était davantage dans la réalisation d'un objet. La proposition formulée par Krijn Giezen allait bien au-delà et pouvait dérouter, par son audace, n'importe quel jury. C'est précisément ce qui avait retenu mon attention: sa proposition découlait de la spécificité du lieu et de la prise en compte de la situation présente. Elle se traduisait par une réponse originale, à la fois créative et cohérente, au regard de la commande elle-même.
Il y avait à ce moment là un débat sur le devenir des nouvelles terres conquises sur la mer. Il opposait ceux qui souhaitaient préservés les nouveaux espaces en espaces naturels et ceux qui voulaient au contraire les transformer en terres agricoles comme la loi hollandaise les y autorisait. En effet, selon la législation en vigueur une extension des terres agricoles est possible, par superficie de 400 m2 correspondant à l'unité de dessèchement.
Le projet de Krijn Giezen apportait ici une solution audacieuse à cette situation en conciliant deux positions opposées. Il proposait de mettre en parallèle et en contraste le paysage naturel et le paysage cultivé, faisant de chacun d'eux l'élément d'un tout.
De part et d'autre d'une voie rectiligne déjà existante et légèrement surélevée se dirigeant en droite ligne vers la mer, l’artiste avait déterminé une zone de 400 m x 400 m - se basant ainsi sur la norme en vigueur. D’un côté, sur la partie ouest les travaux de dessèchement et l'activité agricole se poursuivraient - ceci était prévu dans le projet artistique car l’activité de dessèchement au nord de la digue n'était pas prévue par les autorités publiques. De l’autre côté, sur la partie est, une zone identique de 400 m de largeur aurait été dédiée exclusivement à la nature sans intervention humaine. Au fur et à mesure que l’activité d’assèchement libérerait de nouvelles terres le processus de développement de l’oeuvre continuerait à produire ses effets de contraste et de différenciation entre la partie est et la partie ouest. L’œuvre serait ainsi en perpétuel devenir.
En suivant la voie qui mène vers la mer le promeneur ferait ainsi l'expérience du contraste entre deux espaces : un espace naturel sauvage et un espace cultivé. Du côté ouest, l'activité agricole intensive formerait l'image du paysage: les lignes droites des champs cultivés, leurs couleurs, en seraient l'expression visuelle. Sur le côté est, la nature évoluerait librement dévoilant un paysage composé de formes organiques, de lignes courbes, d'une végétation typique du milieu salé avec ses nuances particulières, ses teintes et ses variétés de végétaux. La voie rectiligne qui partage ces deux espaces se terminerait dans la mer, par un ponton flottant, point instable, créé par l'artiste. Le promeneur parcourant ce lieu aurait dès lors la sensation d’abord de la substance de la terre, puis d'une perte de contact et d'équilibre en arrivant sur le ponton.
Faire l’expérience de la marée, voir, sentir la mer, flotter, tourner dans la direction du vent, cette expérience physique et visuelle ainsi que les activités de l'homme, le processus naturel, la croissance et le dépérissement des végétaux - tout cela faisait partie de l' oeuvre. (H-A. B.)


(1) Les artistes en compétition étaient: Krijn Giezen, Luc Deleu, Per Kirkeby, John Körmeling, Cornelius Rogge.


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